Sur l’Île des Pins, la relève est là : en trois jours de mission, les jeunes de Comagna ont mis la main à la pâte pour accélérer la restauration écologique du Pic N’Ga.
Du 20 au 22 août 2025, l’équipe du CBNNC a appuyé les tribus de Comagna et Touété pour continuer de renforcer la production de plants endémiques pionniers destinés à la restauration du Pic N’Ga. En trois jours, l’organisation efficace a permis de compléter le matériel des serres et de poursuivre la collecte‑repiquage avec un beau résultat.
L’énergie des jeunes au cœur du chantier
La mission a démarré par une réunion de cadrage à la tribu de Comagna avec la Chefferie locale et l’association de la tribu. Chacun a pris sa place :
- Collecte de plantules et de graines, repiquage et suivi en pépinière.
- Préparation du substrat et des plaques de culture.
- Aménagement, entretien et renforcement des serres et des lignes d’irrigation.
La dynamique collective est bien en place. À Touété, la serre compte plus de 700 plantules en croissance, preuve d’une belle mobilisation efficace.
Des pépinières qui montent en puissance
- Réparations et optimisations : remise en tension des lignes d’aspersion, changement d’orientation de la bâche, renforts simples mais essentiels pour la durabilité.
- Recette du substrat (100 L) : 40 L terreau, 30 L sable, 30 L terre rouge, ingrédients tamisés puis mélangés à la bétonnière pour une texture homogène. Résultat : 16,5 plaques remplies avec 200 L.
- Collecte & repiquage : en 1 h 30 sur le sentier du Pic, plus de 830 plantules récoltées (maquis minier) et 821 repiquées le jour même par l’équipe des jeunes
Chiffres-clés (mission d’août)
• 700+ plantules déjà en croissance à Touété
• 830+ plantules collectées et repiquées lors de cette session
• Objectif 2025–2026 : 2 000 plants pour relancer la végétation sur le Pic N’Ga !
Pourquoi ces espèces ?
Nous mettons l’accent sur des espèces endémiques pionnières du maquis minier capables de « réamorcer » la dynamique naturelle : elles s’installent vite, stabilisent les sols, créent de l’ombre et améliorent les conditions pour des espèces plus exigeantes.
Les principales mises en culture (sélection actuelle) :
- Peripterygia marginata (Rhamnaceae) — arbuste robuste de maquis, adaptés aux milieux ouverts où les espèces forestières ne pourraient pas s’implanter directement sans un couvert préalable.
- Stenocarpus milnei (Proteaceae) — espèce endémique très présente dans le maquis du pic N’Ga, avec de nombreuses plantules qui présentent de bons taux de reprise, des graines ont également été collectées en complément.
- Grevillea exul (Proteaceae) — belle croissance, et une espèce qui attire la faune pollinisatrice.
- Alyxia tisserantii (Apocynaceae) — arbuste discret, mais un grand classique de nos maquis, elle complète bien l’assemblage d’espèce.
- Alphitonia neocaledonica (Rhamnaceae) — L’une des grandes « championnes » de la restauration écologique, apte à grandir dans les milieux les plus difficiles, une vraie ingénieure écologique pour enclencher la régénération.
- Xanthostemon multiflorus (Myrtaceae) — Qui fournit de belles floraison généreuse, et de nombreuses graines, en plus d’être résistante.
- Gahnia aspera (Cyperaceae) — Une herbacée robuste pour limiter l’érosion sur les pentes érodées.
Ces assemblages pionniers ouvrent la voie : une fois le couvert stabilisé et le sol « rafraîchi », on pourra revenir introduire des espèces plus sensibles du Plan de Conservation (CR UICN) sur des microsites protégés.
Prochaines étapes
- Continuer de transmettre les compétences : la gestion d’une production végétale est une tache exigeante qui demande de la constance et du savoir faire.
- Planifier la trajectoire de restauration : cartographier des sites pilotes sur le Pic N’Ga, pour les futures plantations, prioriser les zones érodées accessibles et associer un cortège d’espèces pionnières par type de site.
- Installer une routine de production : semis → repiquage → acclimatation → mise en terre, avec des vagues étalées pour atteindre ~2 000 plants d’ici 2026. Compter 12–15 mois de culture avant d’obtenir des plants prêts à replanter !
- Mettre en place un suivi adaptatif : La grâce aux cartographies par drone, mais aussi un suivi photographique au sol pour évaluer les taux de reprise et de mortalité, et réaliser si besoin des ajustements techniques documentés et partagés.
- Valoriser et embarquer : restitutions régulières, pour que tout le monde puisse suivre les travaux en cours et s’impliquer.
Remerciements
Un grand merci à la grande Chefferie et au clan de Comagna et Touété, ainsi qu’aux jeunes qui portent ces actions. Merci aux partenaires techniques et institutionnels mobilisés. À Comagna : Hilaire KOUATHE (Petit chef), Jacques APIKAOUA (président de l’association), Nina KOUATHE, Maggi, Henriette, Philippe KOUATHE — pour leur accueil et leur engagement.
À propos du projet
Ce chantier s’inscrit dans le Plan directeur de conservation du Pic N’Ga (12 espèces en danger critique d’extinction), animé par le Conservatoire Botanique de Nouvelle‑Calédonie. La mise en œuvre opérationnelle est soutenue par BESTLIFE2030, programme financé par l’Union européenne et mis en œuvre par l’UICN.
Ces actions sont menées en cohérence avec les orientation impulsées par la Province Sud, autorité environnementale, membre du comité de suivi du CBNNC, et qui anime le plan de gestion du Grand Lagon Sud : restaurer les forêts en amont, c’est limiter l’érosion et les apports terrigènes vers le lagon, et donc préserver les habitats coralliens et les ressources du plus beau lagon du monde. Un site inscrit au patrimoine Mondial de l’humanité.