Par le Conservatoire botanique de Nouvelle-Calédonie (CBNNC). Projet financé par l’Initiative Kiwa – volet « Projets locaux » (mise en œuvre UICN)
Pourquoi intervenir à Maré ?
Sur l’île de Maré, de nombreuses carrières de calcaire ouvertes il y a 20 à 30 ans n’ont pas retrouvé de couvert végétal fonctionnel. La roche affleurante, la disparition durable des horizons de sol et l’installation d’espèces exotiques créent un verrou écologique : la forêt ne revient pas seule. Or, sans sol et sans végétation, le cycle de l’eau se grippe : moins d’infiltration, ruissellement accru, nappes moins rechargées et microclimats plus chauds — effets amplifiés par le réchauffement climatique. Sur plusieurs sites de l’île, où l’on trouve d’anciennes carrières de calcaire (catcha), comme à Wabao et à Pénélo, on observe ainsi que, sans stratégie adaptée, la végétation autochtone se réimplante peu ou mal, et les stress hydriques s’intensifient.
Notre mission de fin septembre–début octobre 2025 visait donc un double objectif : analyser l’existant (sols, dynamique de végétation, écoulements, rétention d’eau) et échanger avec les acteurs coutumiers, communaux et techniques pour co-construire des trajectoires de restauration qui réparent aussi l’hydrologie (infiltration, ombrage, litière, brise-vent). Une réunion de lancement s’est tenue au Conseil Coutumier Nengone avec la DENV/PIL, la Mairie de Maré, le CADRL et le Conservatoire Botanique de Nouvelle-Calédonie. Elle a posé les bases : sites pressentis, espèces d’intérêt (dont le santal spécifique de Maré) et principes de participation, afin de restaurer la végétation pour une résilience face aux épisodes de chaleur et de sécheresse.
Une approche « Solutions fondées sur la Nature » (SFN) soutenue par Kiwa
BLOSSOM, le programme porté par le CBNNC/IAC, vise à restaurer 10 ha sur deux territoires pilotes (5 ha en Province des Îles Loyauté, 5 ha en Province Nord) en mobilisant des espèces endémiques et autochtones produites localement et en renforçant les compétences locales. Le financement Kiwa permet d’articuler diagnostics écologiques, production en pépinière, formation, plantations participatives et suivi. À Maré, les interventions s’alignent explicitement sur l’approche SFN : reconstituer des fonctionnalités (stabilisation, ombrage, filtration, habitats) tout en générant des co-bénéfices sociaux (formation de jeunes, implication des associations et des clans) et des co-bénéfices liés aux usages des plantes : pharmacopée, construction, artisanat..
Ce que nous avons observé sur les sites
Le diagnostic de terrain montre des dalles de calcaire très compactées, avec disparition des horizons de sol sur de larges surfaces et une régénération naturelle faible. Quelques pionnières éparses s’installent, mais les exotiques gagnent du terrain et devront être gérées. Dans ce contexte, des carrières comme Wabao (attenante au stade) et Pénélo sont retenues comme hypothèses de travail : accès logistique simple, intérêt démonstratif et potentiel pédagogique élevé une fois les secteurs sécurisés, nettoyés et panneautés pour un parcours « lecture de sol et successions ».
La stratégie proposée combine décompaction ciblée, création de couches organo-minérales, paillage, plantations en bouquets et suivi. Les premières vagues mobiliseront des espèces tolérantes et utiles, par exemple Mallotus repandus (autochtone, pionnière à usages), Scaevola taccada (autochtone médicinale), puis des enrichissements avec tout un cortège d’espèces cibles sélectionnées sur place.
La structure hétérogène observée par endroits offre des micro-niches à valoriser pour améliorer l’infiltration et la reprise. En option secondaire, une lisière plus humide hors barrière du CET de Tadine (environ 50 m) pourrait faire l’objet d’un enrichissement forestier, sous réserve d’un plan de gestion des exotiques (fauches avant floraison, arrachages ciblés). Le choix définitif des sites pilotes et le phasage des interventions seront arrêtés en concertation avec le Conseil Coutumier Nengone et la Mairie de Maré.
Une restauration écologique commence par la concertation et .. le sol !
Renaturer une carrière calcaire, c’est d’abord recréer des conditions de sol : décompacter, accrocher l’eau, diversifier les micro-habitats. Ensuite seulement, on plante. Rien ne se fait sans l’histoire du lieu, les usages actuels et la participation et l’accord des coutumiers.
-
Technique sols : décompaction/scarification ciblée, création de poches enrichies (terre végétale + BRF/paillage), drainage doux (fossés, fascines), puis plantation pionnière à forte densité initiale avec protections. Un suivi simple (reprises, couverture du sol, colonisation spontanée) guidera les ajustements.
Quelles plantes, et pourquoi ?
- Assemblages pionniers “transformateurs” : espèces tolérantes à la sécheresse et aux sols pauvres, capables de fabriquer du sol (litière, racinaire), d’apporter ombrage et accroche pour les suivantes.
- Espèces patrimoniales et d’usage : intégration progressive d’arbustes et d’arbres endémiques pour diversifier les strates et les services (médicinaux, alimentaires, culturels).
- Santal de Maré (Santalum austrocaledonicum var. glabrum) : en mélange, pas en monoculture, et positionné finement (expositions en lisière, distance aux usages). Ce choix vise la pérennité des peuplements et la valeur patrimoniale.
Produire localement, former localement : s’appuyer sur le CADRL et l’IAC
La réussite passe par une chaîne “de la graine au plant” sur l’île. À Maré, le CADRL joue un rôle pivot : serre, salles et pépinière-école pour lancer les lots (pionnières, espèces d’usage, santal en mélange), accueillir des modules de formation (botanique appliquée, phénologie, semis/bouturage, substrats, prophylaxie, plantation, suivi, usages) et impliquer les scolaires. Les productions alimenteront les chantiers participatifs sur les sites démonstrateurs.
Le CBNNC/IAC coordonne la démarche scientifique et technique (protocoles, suivi, capitalisation), tandis que, toujours dans le cadre BLOSSOM, l’UNC apportera l’appui ciblé pour la multiplication rapide de grandes quantités de plants de Santal de Maré (technique in-vitro).
Et maintenant ?
- Finaliser la liste d’espèces (pionnières + patrimoniales, dont santal var. glabrum) et les fiches de production.
- Lancer/approvisionner la pépinière (contenants, paillages, protections, irrigation).
- Mettre en œuvre les formations « botanique, collecte, pépinière, plantation, suivi » et préparer le suivi (état initial placettes, registres).
Les activités seront menées en partenariat étroit avec les autorités coutumières, la Mairie de Maré, la DENV/PIL, le CADRL, l’UNC et les réseaux associatifs.
En images :
Crédits photos, vidéo et cartographiques : cc by nc Nicolas RINCK – 2025 projet BLOSSOM – CBNNC – KIWA – IUCN – IAC
A propos de l'Initiative Kiwa
À propos de l’Initiative Kiwa – L’Initiative Kiwa – Solutions fondées sur la Nature (SfN) pour la résilience climatique – vise à renforcer la résilience des écosystèmes, des communautés et des économies des îles du Pacifique au changement climatique par des Solutions fondées sur la Nature en protégeant, gérant durablement et restaurant la biodiversité. Elle repose sur la simplification de l’accès au financement des actions d’adaptation au changement climatique et de conservation de la biodiversité pour les gouvernements locaux et nationaux, la société civile ainsi que les organisations régionales des États et territoires insulaires du Pacifique. L’initiative est financée par l’Union européenne, l’Agence française de développement (AFD), Affaires mondiales Canada (GAC), le ministère des Affaires étrangères et du Commerce de l’Australie (DFAT) et le ministère des Affaires étrangères et du Commerce de la Nouvelle-Zélande (MFAT). Elle a établi des partenariats avec la Communauté du Pacifique (CPS), le Programme régional océanien de l’environnement (PROE) et le Bureau régional océanien de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN Océanie).
Pour plus d’informations : L’Initiative Kiwa – La Résilience Climatique dans le Pacifique grâce aux Solutions fondées sur la Nature (SfN)