Conservation de 4 ERM et Renaturation des sites dégradés du Parc de la Dumbéa avec la Fondation Franklinia

Le Conservatoire botanique de Nouvelle-Calédonie (CBNNC) conduit, avec l’appui de la Fondation Franklinia, un programme de renaturation sur le bassin versant de la Dumbéa — principal réservoir d’eau potable du Grand Nouméa — marqué par des héritages miniers, des incendies répétés et des phénomènes d’érosion actifs. L’opération vise à restaurer les milieux dégradés tout en renforçant quatre espèces d’arbres endémiques menacées : Arillastrum gummiferum (chêne-gomme), Callitris sulcata, Tristaniopsis polyandra et Agathis ovata. Elle s’inscrit dans une trajectoire opérationnelle structurée : plantations de cortèges endémiques, contrôle de l’érosion, plan de sauvegarde des espèces sensibles à l’échelle du paysage, prévention des incendies.

Comme sur tous les sites d’actions du Conservatoire Botanique nous agissons en coordination et en mobilisant les partenaires déjà très engagés (associations, scientifiques, Province Sud) et en articulant l’action de terrain avec le suivi écologique et les plans directeurs de conservation des espèces rares et menacées. 

Le Conservatoire Botanique en reconnaissances avec Dumbea Rivière Vivante et la province Sud
De gauche à droite : Nicolas Rinck (CBNNC), Clara Calmette (DRV), Aurore Martini (Province Sud / DDT), Kilian BULL (DRV), Steven Cagnewa (DRV), Abraham Gnipate (DRV)

Le 17 octobre 2025, le CBNNC s’est rendue dans le Parc provincial de la Dumbéa aux côtés de l’association Dumbéa Rivière Vivante (DRV) et de la Province Sud (DDDT). Objectif : réaliser une reconnaissance des sites de restauration et de renforcement d’espèces le long du « sentier des Cobaleurs », une ancienne piste utilisée par les sociétés minières, il s’agissait d’identifier :

  • des zones instables avec érosion active (ravinement, départs de lavaka) ;
  • des zones anciennement incendiées, où la régénération naturelle reste faible et la végétation basse (maquis appauvri, fougères pyrophiles) entretient un risque de redémarrage du feu.
  • Repérer l’état phénologique des espèces du maquis afin de prévoir la collecte future de graines destinées aux opérations de restauration écologique. 

Une mosaïque de sites naturels très dégradés et de poches de forte biodiversité patrimoniale

  • Erosion et sols difficiles : sur cuirasse latéritique nue et chauffée, la recolonisation végétale est lente ; sans ouvrages hydrauliques fins, les pluies lessivent les versants et exportent des sédiments vers la rivière.
  • Mémoire des incendies : de larges secteurs montrent des trames ouvertes où la forêt peine à se refermer ; pour relancer la dynamique, il faut imprimer très tôt une structure (densité de plantation plus serrée, mélange d’espèces pionnières et forestières).
  • Retour d’expérience : en vallée voisine, d’anciennes restaurations (WWF) illustrent une difficulté classique sur substrats miniers : les plants reprennent, mais peu de régénération spontanée autour si la densité initiale est trop faible. 
  • Prévention incendie : DRV sillonne le parc en période sèche (sensibilisation, vigilance) — clé de durabilité des plantations qui seront engagées dans les secteurs où le risque est maîtrisable.
Érosion active sur versant latéritique, vue drone au parc provincial de la Dumbéa.
Parc provincial de la Dumbéa, Ancien site minier, aujourd'hui partiellement restauré par le Fonds Nickel. Nicolas Rinck / CBNNC — CC BY-NC

Préparer les futures interventions : gérer l'eau, le sol, les espèces et une stratégie différenciée selon les zones

La mission a permis de caler la stratégie “eau-sol-plantes” sur chaque micro-site :

  1. Hydrologie douce : mise en place manuelle d’ouvrages simples (seuils en pierres, fascines végétales, micro-digues, paillages) pour ralentir le ruissellement, favoriser l’infiltration et stabiliser les talwegs actifs.
  2. Plantations structurantes : densités resserrées au départ sur zones nues (jusqu’à 1 plant/m²) pour créer un effet de synergie entre les espèces et un microclimat, plus lâches sur zones déjà végétalisées (≈ 1 plant/10 m²) ; cortège diversifié d’endémiques du maquis (arbustes, herbacées, pionnières) puis espèces plus forestières pour enclencher la succession écologique.
  3. Cartographie fine par drone : une photogrammétrie 3D alimente la modélisation de l’écoulement pour dimensionner au plus juste les petits ouvrages hydrauliques, placer les plantations (densités/types) et projeter les trajectoires de renaturation par unité de terrain. Cette approche s’intègre aux méthodes de suivi et de planification promues par le CBNNC dans ses Plans Directeurs de Conservation (tableaux de bord, indicateurs de suivi, coordination des acteurs présents).
Carte du site des Cobaleurs
Modèle de terrain 3D permettant de comprendre l'hydrologie du site et d'adapter et dimensionner les futurs ouvrages.

En plus des cortèges d'endémiques, une action sur 4 espèces cibles rares et menacées

  • Chêne-gomme — Arillastrum gummiferum (VU)
    Espèce emblématique des substrats ultramafiques. Des plants sont disponibles en pépinières communautaires ; ils seront engagés dans les premiers chantiers pour jouer un rôle d’espèce forestières structurantes, implantées dans les zones où de la végétation herbacée est déjà présente; .

  • Agathis ovata (VU)
    Conifère endémique et emblématique de certains massifs minier, à croissance lente et pouvant vivre potentiellement plusieurs milliers d’années (+- 2500 ans); Positionnement prioritaire sur sites d’altitude > 800m.

  • Callitris sulcata (EN)
    Très menacée, populations fortement impactées par les incendies. Pas de stock disponible : collectes de semences ciblées, essais de multiplication en conditions contrôlées, puis plantations différées (≈ 24 mois après collecte). Sites à risque feu réduit et contrôlable.

  • Tristaniopsis polyandra (CR)
    Espèce critique avec fenêtres phénologiques courtes. Démarche analogue à Callitris : prospection phénologique, collectes, culture ex-situ pilotée avec l’appui des installations de l’IAC, et replantation sur micro-sites choisis.

La mission du 17 octobre a permis d’affiner le calendrier de collectes d’ERM avec DRV (observation de floraisons/fructifications), étape nécessaire pour sécuriser les semences qui alimenteront la production en pépinière.

Arillastrum gumiferum "Chêne gomme", vulnérable et emblématique de nos forêts sur "terrains miniers", une espèce structurante dont les graines ne sont pas aisées à obtenir

Prochaines étapes

  • Poursuivre l’analyse sur d’autres sites candidats, 2 à 3 sites pourront être ciblés par nos opérations que ce soit pour la conservation des espèces rares ou bien pour la renaturation de zones érodées.
  • Pour chaque localité Dimensionner les ouvrages d’hydraulique superficielle (pas d’intervention mécanisée lourde sur nos sites). 
  • Démarrer les chantiers priorisés (ouvrages + plantations du cortège endémique sélectionné).
  • Engager les collectes de semences (Callitris, Tristaniopsis) sur fenêtres phénologiques optimales, lancer la production contrôlée en pépinière, puis replanter sur sites sécurisés vis-à-vis du feu.
  • Mettre en place le tableau de bord de suivi (indicateurs plantations/érosion, retours d’expérience) dans le cadre des PDC.
Carte du site des Cobaleurs
Carte de synthèse prévisionelle permettant d'adapter les plantations (type de plante, densité), et adapter les futurs aménagements aux conditions précises du terrain.

Saison sèche : attention au feu !

L’entrée en période chaude de fin d’année et l’augmentation de la fréquentation accroît fortement le risque incendie. La préservation de l’eau potable et de la biodiversité exceptionnelle de la Dumbéa dépend aussi des comportements de chacun : respect des interdictions de feu, signalement rapide de départs de feu et maintien des sentiers.

La Vallée de la Dumbéa
La Vallée de la Dumbéa, entre reliques de biodiversité très riches et reliefs ayant subi des dégradations anciennes (mines) et plus récentes (feux).

En images :

Un projet du Conservatoire Botanique de Nouvelle-Calédonie Financé par la Fondation Franklinia

Partenaires impliqués

Ce projet est coordonné par le Conservatoire botanique de Nouvelle-Calédonie,  et les actions reçoivent le soutien de l’association Dumbéa Rivière Vivante déjà engagée de longue date dans cette zone qui bénéficie de la vigilance des bénévoles de DRV !

La Province Sud, en tant que membre du comité de suivi du Conservatoire Botanique, guide les stratégies de préservation et de valorisation de la biodiversité dans le Parc provincial.

Ce projet s’appuie sur les fondations posées par le programme “Palmiers & Conifères” de l’association Noé et contribue à en pérenniser l’élan suite malheureusement au départ de leur équipes locales (que nous saluons chaleureusement).