Le Mé‑Ori n’est pas une montagne comme les autres. C’est un haut lieu culturel, un espace de mémoire et de coutumes, dont les clans de Table Unio sont les gardiens. Son accès est interdit sans leur accord, et le Conservatoire botanique de Nouvelle‑Calédonie (CBNNC) s’y engage dans le respect des usages, pour appuyer un projet de sauvegarde porté avec et pour les communautés.
Cette première mission, menée dans le cadre de la campagne « Save the Species » en partenariat avec l’International Palm Society (IPS), vise un objectif simple et exigeant : mieux connaître l’aire de présence de Basselinia vestita — un palmier micro‑endémique du Mé‑Ori — et, avec les clans, préparer les actions de conservation qui s’imposent. Les dernières observations fiables sur ce massif remontent à plus de trente ans : il faut reprendre le fil, patiemment, avec les bonnes personnes et au bon rythme.
Une montagne sacrée, des milieux contrastés
Guidés par des coutumiers et les jeunes de Table Unio, accompagné par Hervé Vandrot, botaniste spécialiste de la flore calédonienne, et Nicolas Rinck responsable du Conservatoire Botanique de NC, nous avons progressé par paliers d’altitude sur le versant sud. En bas, des forêts denses humides sur substrats volcano‑sédimentaires ; plus haut, la semelle serpentinitique, ce front minéral si particulier qui conditionne la flore et dessine des cortèges d’espèces de grande originalité. Puis viennent les forêts d’altitude à Araucaria, où la canopée claire ouvre des fenêtres sur le paysage.
Une forêt fermée, une litière épaisse, des traces de cerf peu marquées ; et par ailleurs les stigmates anciens de l’exploitation (pistes minières, sections boisées jadis entamées). Le Mé‑Ori garde des reliques forestières riches, mais la montagne a vécu des perturbations à plusieurs moments de son histoire.
« malgré l’ouverture de piste de mine, les forêts d’altitude présentent une densité importante, une bonne litière au sol, indiquant peu de passage ; la population d’Araucaria est très importante, avec une très bonne régénération » (H. Vandrot, notes de terrain).
Cinq espèces de palmiers endémiques rencontrés… mais pas de Basselinia vestita pour cette fois-ci
Au‑delà du palmier : des rencontres botaniques remarquables
La richesse du Mé‑Ori ne se résume pas aux palmiers loin de là. En pied de massif, dans les forêts humides sur serpentine, nous avons croisé des espèces d’intérêt patrimonial : Dendrophyllanthus boguenensis (EN), Pittosporum ornatum (CR, vu en fruit), et probablement Dendrophyllanthus meuieensis — observation à confirmer après examen. Sur les latérites du massif minier, Archirhodomyrtus paitensis (VU) complète sa distribution connue, longtemps jugée très disjointe.
Pour rappel des codes de la Liste Rouge des Espèces menacées selon les critères IUCN : VU = Vulnérable; EN = En danger d’extinction; CR = En danger critique d’extinction (c.a.d. qui représente une Urgence de sauvegarde : c’est le cas du Basselinia vestita, mais aussi du Pittosporum ornatum dont nous avons pu voir 1 individu lors de cette mission)
En forêt d’altitude à Araucaria, mention spéciale pour Syzygium meorianum (récolté deux fois sur le Mé‑Ori en 1983, espèce encore peu documentée) et un probable Pleioluma novocaledonica (VU). Et nous ajoutons au tableau une belle fougère fertile : Dicksonia perriei (VU), rencontrée en chemin — un plaisir de botaniste autant qu’un marqueur écologique.
Prochaines étapes avec les clans de Table-Union
Le Mé‑Ori n’est pas un site de randonnée : c’est un lieu de culture et de préservation. Avec les clans de Table-Union, le CBNNC accompagne un programme gradué :
- Poursuivre les prospections par transects pour préciser l’extension de Basselinia vestita sur le massif et les reliefs voisins, et documenter les autres espèces sensibles (VU–EN–CR) du site.
- Créer une pépinière de conservation, à Table-Union, co-gérée par les coutumiers et le CBNNC, pour multiplier des espèces locales : à la fois en soutien aux peuplement naturels de ces espèces (renforcement lorsque le diagnostic l’indique) et comme outil de transmission vers le grand public et les jeunes. Plusieurs espèces ont un potentiel ornemental réel : les faire connaître, c’est aussi mieux les protéger.
- Agir sur les menaces identifiées par la tribu et les experts (pression des cochons, cerfs et des rats sur la régénération, les risques d’incendie, les espèces envahissantes).
Ce projet répond à une double exigence : protéger une espèce unique au monde et valoriser la responsabilité des gardiens du lieu. Parce que la biodiversité et la culture sont ici profondément entremêlées.
Attention : Le Mé‑Ori est une terre coutumière, et un espace culturel protégé : l’accès est soumis à l’accord et à l’accompagnement des autorités coutumières. Merci de respecter les usages et de ne pas tenter d’y pénétrer sans y avoir été invité.
En images
Un projet Financé par The International Palm Society - Dans le cadre du programme "Save the Species"
Partenaires impliqués
Ce projet est coordonné par le Conservatoire botanique de Nouvelle-Calédonie, en étroite collaboration avec les Clans de Table-Union, de l’Aire Adje Aro
L’aire ajië-arhö figure parmi les huit aires coutumières de la Nouvelle-Calédonie. Elle est comprise entre l’aire paicî-cèmuhî (au nord) et l’aire xârâcùù (à l’est).
Elle regroupe les régions de Waa wi luu (Houailou) sur la Côte Est de la Grande Terre, quatre tribus de Nweo (Poya), ainsi que les régions de Börai (Bourail) et Mwarrü (Moindou) sur la côte ouest, avec les tribus de Table-Union et de Moméa.
Une action en cohérence avec les orientations de la province Sud – DDDT
Autorité environnementale et membre du Comité de Suivi du Conservatoire Botanique de Nouvelle-Calédonie.