Belep : Evaluation de l’impact sur la biodiversité de l’incendie d’octobre 2025

Page de garde rapport feux 2025 Belep
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À la suite du sinistre ayant parcouru une partie de l’île Art (Dau Art) fin octobre 2025, le Conservatoire Botanique de Nouvelle-Calédonie (CBNNC) publie un rapport d’évaluation d’impact approfondi. Ce document, qui confronte un état initial réalisé seulement quelques semaines avant l’incendie aux données satellites post-sinistre, offre un diagnostic d’une précision rare pour orienter les futures stratégies de conservation du Plan Directeur de Conservation (PDC).

Un contexte de mission exceptionnel

En septembre 2025, le CBNNC a déployé une mission de terrain intensive à Belep, marquant le lancement opérationnel de la phase 2 du Plan Directeur de Conservation (PDC). Faisant suite à une analyse bibliographique qui avait souligné le caractère lacunaire des données existantes, l’objectif prioritaire était de confronter ces connaissances théoriques à la réalité du terrain actuel.

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La priorité a été donnée au géoréférencement précis et à la caractérisation des habitats des espèces cibles en Danger Critique (CR), afin de disposer d’un état initial fiable pour définir les futures actions de sauvegarde.

Le rôle du CBNNC ne se limite pas à l’observation ; il est un outil d’appui aux politiques publiques environnementales. Face à une crise comme celle de Belep, la capacité à fournir une donnée scientifique fiable est essentiel pour :

  1. Chiffrer l’impact réel au-delà des simples estimations de surfaces brûlées.
  2. Réorienter les priorités du Plan Directeur de Conservation (PDC) pour adapter les objectifs à la réalité du terrain.
  3. Conseiller les décideurs (Province Nord, autorités coutumières) sur les mesures de restauration ou de mise en défens prioritaires.

Ce rapport est le fruit d’une expertise transversale alliant botanique de terrain, analyse de données spatiales et gestion de projet de conservation.

Les constats principaux : un bilan chiffré et qualitatif

Le diagnostic spatial est sans appel : 182,8 hectares ont été parcourus par les flammes, représentant 3,6 % de la superficie totale de l’île Art.

L’analyse qualitative, réalisée par superposition de l’emprise du feu avec nos relevés botaniques de septembre, révèle que l’incendie n’a pas progressé au hasard : il a consumé des zones de transition et certaines formations forestières qui concentraient une biodiversité irremplaçable.

Trois impacts majeurs ressortent de notre évaluation :

1. L’alerte rouge pour le Geissois belema

C’est l’un des points les plus critique de ce rapport. Le Geissois belema n’est pas une plante comme les autres : Comme les 13 autres espèces rares (CR) du Plan de Conservation, on ne la trouve qu’à Belep. 

  • L’enjeu : Cette espèce représente un patrimoine génétique unique. Sa distribution étant déjà naturellement restreinte, toute réduction de sa population nous rapproche dangereusement du seuil d’extinction.

  • Le constat : Nos analyses confirment que plusieurs stations identifiées et géoréférencées lors de la mission de septembre ont été directement impactées. La destruction des individus adultes et l’atteinte probable de la banque de graines dans le sol fragilisent considérablement la capacité de résilience de l’espèce. Sa survie ne tient désormais plus qu’à la protection des individus rescapés.

2. Destruction d’habitats et effet de lisière

Le feu a gravement endommagé les lisières forestières et les maquis para-forestiers. Au total, ce sont plusieurs dizaines d’espèces endémiques (dont certaines en statut CR – Danger Critique) qui voient leur habitat réduit. La disparition de la végétation tampon expose désormais le cœur des îlots forestiers résiduels au dessèchement et au vent, enclenchant une dynamique de régression forestière difficilement réversible.

3. Pression combinée : le feu ouvre la porte aux ENVAHISSANTES

C’est un effet domino classique mais redoutable. L’ouverture du milieu par le feu facilite la pénétration des espèces envahissantes, au cœur de zones jusqu’ici denses et préservées. Le risque est entre autre l’érosion accélérée : Sur ces pentes mises à nu, le piétinement des animaux combiné aux pluies tropicales menace d’entraîner les sols (humus, couche fertile et meuble) vers le lagon, compromettant durablement la régénération végétale et menaçant les récifs coralliens en aval. 

Pistes de réflexion et étapes suivantes

Ces constats doivent être le point de départ d’une stratégie de résilience. Le CBNNC préconise plusieurs axes de travail immédiats :

  • Ajustement du PDC Belep : Se concerter avec la provinces et les Coutumier concernant les objectifs de conservation. Certaines zones doivent désormais faire l’objet de mesures d’urgence.
  • Sécurisation ex-situ : Mise en place de prélèvement de graines pour multiplier les espèces les plus sensibles dont les populations naturelles ont été les plus touchées, afin de garantir leur sauvegarde en pépinière de conservation, idéalement sur Belep, mais possiblement aussi au futur Jardin Botanique de Koumac, co-porté entre le CBNNC et la commune.
  • Renforcement des partenariats locaux : Co-construction avec les populations de Belep de solutions adaptées au contexte pour la protection des zones résiduelles (pare-feux, moyens de lutte/réponse rapide contre les incendies).

Transformer le constat en action

Cet incendie rappelle la fragilité extrême de la biodiversité de Belep, véritable hot-spot au sein du hot-spot calédonien. Ce rapport démontrent l’importance d’une structure dédiée à la connaissance floristique capable de transformer des données scientifiques en outils de gestion opérationnels.

Une opération financée par la province Nord et l'Office Français de la Biodiversité