La Nouvelle-Calédonie, l’île des conifères tropicaux

1001 Plantes – Une série NC la 1ère produite par Emotion Capturée avec le concours du CBNNC

Dans l’imaginaire européen, les conifères évoquent volontiers des forêts fraîches de montagne. Les araucarias néo-calédoniens racontent presque l’inverse : ce sont des conifères tropicaux, souvent installés dans des milieux ouverts, ventés et pauvres, loin de l’image classique du paysage à sapins. Dans le corpus retenu ici, les synthèses antérieures à 2017 reconnaissaient 13 espèces d’Araucaria en Nouvelle-Calédonie ; après la description d’Araucaria goroensis, ce total passe à 14 espèces acceptées sur l’archipel. Même si le nombre mondial exact varie selon les traitements taxonomiques, cette concentration place clairement la Nouvelle-Calédonie parmi les grands foyers de diversité du genre (Manauté et al., 2003 ; Mill et al., 2017).

Cette richesse s’inscrit dans un ensemble plus large, celui des Araucariaceae, famille de conifères de l’hémisphère Sud qui comprend aussi Agathis et, hors de Nouvelle-Calédonie, Wollemia. À l’échelle du territoire, le genre associe des espèces très visibles dans le paysage et d’autres beaucoup plus discrètes, parfois confinées à quelques reliefs, vallées ou falaises : c’est l’une des expressions les plus frappantes de l’endémisme calédonien (Sarrailh et al., 2008 ; Manauté et al., 2003).

  • Nom scientifique : Araucaria Juss
  • Famille : Araucariaceae
  • Type : Genre de conifères tropicaux arborescents de l’hémisphère Sud
  • Milieu : Falaises littorales calcaires, maquis minier sur substrats ultramafiques, forêts ouvertes, pentes escarpées, crêtes et sommets exposés
  • Statut : Pas de statut unique au rang du genre ; plusieurs espèces néo-calédoniennes sont rares, très localisées ou menacées, et les évaluations doivent être examinées espèce par espèce
Araucaria rulei - Mine de Camp des sapins
Araucaria rulei - Mine de Camp des sapins cc by nc Nicolas Rinck

La Nouvelle-Calédonie, un centre majeur des araucarias

Araucaria columnaris Port Boisé
Araucaria columnaris Port Boisé cc by nc CBNNC Fonds Bernard Suprin

Des arbres spectaculaires, mais pas toujours faciles à identifier

Le genre est spectaculaire, mais sa lecture botanique demande un peu d’attention. Selon les espèces et les milieux, les araucarias néo-calédoniens vont de petits arbres de moins de 15 m à de très grands fûts ; certaines espèces dépassent couramment 50 m, et A. columnaris peut franchir 60 m dans des conditions naturelles favorables. Leurs feuilles sessiles, disposées en hélice, peuvent prendre l’aspect d’aiguilles ou d’écailles épaisses selon l’espèce, l’âge de l’arbre et parfois les conditions de croissance, ce qui explique une part de leur silhouette si particulière (Veillon, 1980 ; Manauté et al., 2003).

Veillon a montré qu’on peut souvent reconnaître les espèces par leur architecture, en opposant notamment un type plutôt colonnaire, à branches latérales plus horizontales, et un type plus candélabriforme, à axes davantage redressés. Mais cette lisibilité se brouille chez les vieux sujets, les arbres cassés, ou les individus durablement modelés par le vent. Surtout, la forme des feuilles varie fortement selon le stade de développement, et des formes intermédiaires compliquent parfois les clés classiques : l’identification ne peut donc pas reposer sur la seule silhouette. Les données moléculaires récentes confirment d’ailleurs que la diversité du genre restait en partie sous-estimée, avec trois grands clades néo-calédoniens et la mise en évidence d’espèces longtemps confondues, comme A. goroensis séparé d’A. muelleri (Veillon, 1980 ; Manauté et al., 2003 ; Mill et al., 2017).

Araucaria nemorosa cône femelle
Araucaria nemorosa cône femelle cc by nc CBNNC Fonds Bernard Suprin

Des spécialistes de milieux contraignants

En Nouvelle-Calédonie, les araucarias occupent volontiers des habitats où la concurrence d’autres arbres est limitée : falaises littorales, crêtes exposées, pentes raides, maquis minier ou sommets battus par les vents. Ils ne forment généralement pas de vastes peuplements fermés, mais plutôt des populations clairsemées installées dans des sites ouverts et souvent très exigeants sur le plan écologique (Veillon, 1980 ; Manauté et al., 2003).

La plupart des espèces sont étroitement liées aux substrats ultramafiques, des sols pauvres en phosphore, potassium et calcium, mais riches en métaux comme le nickel, le cobalt ou le chrome, à des teneurs potentiellement toxiques pour beaucoup de plantes. Ces terrains constituent donc un filtre écologique sévère, ce qui aide à comprendre pourquoi tant d’araucarias se concentrent sur les massifs miniers du territoire. Le genre ne se réduit pourtant pas à ce seul décor : A. columnaris est surtout lié aux calcaires littoraux, A. schmidii aux roches acides, et A. montana peut occuper à la fois des terrains ultramafiques et acides (Manauté et al., 2003).

Araucarias et Dolines
Araucarias et Dolines cc by nc CBNNC Fonds Bernard Suprin

Reproduction, lumière et dispersion : une dynamique plus subtile qu'il n'y paraît

Chez les espèces néo-calédoniennes décrites par Veillon, un même arbre porte des cônes mâles et des cônes femelles distincts : les cônes femelles se situent surtout dans les parties sommitales récentes, tandis que les cônes mâles occupent davantage les zones moyenne et basale. Les premiers cônes produits par les jeunes arbres sont souvent femelles, les floraisons mâles apparaissant plus tard. La pollinisation est assurée par le vent ; dans le cadre décrit par Veillon, elle se déroule surtout entre juillet et septembre, mais les rythmes de floraison et de fructification varient selon les espèces et selon l’âge des individus (Veillon, 1980).

Ces conifères sont globalement héliophiles. Dans les maquis ultramafiques, plusieurs espèces semblent pouvoir se régénérer de façon continue en l’absence de feu ; en forêt plus fermée, le recrutement dépend davantage des trouées de canopée. Un point de vulgarisation important mérite d’être souligné : des graines ailées ne signifient pas forcément une dispersion à longue distance. Dans le cas bien documenté d’A. luxurians, la dissémination ordinaire semble surtout se faire par gravité, donc à courte distance, malgré la présence d’ailes (Manauté et al., 2003 ; Ducouret et al., 2021).

Araucaria muelleri Cône Mâle
Araucaria muelleri Cône Mâle

Des emblèmes paysagers, mais souvent des espèces vulnérables

Les araucarias cumulent deux fragilités : beaucoup d’espèces ont des aires restreintes, et nombre d’entre elles vivent dans des milieux déjà naturellement morcelés. Les incendies répétés, l’exploitation minière sur substrats ultramafiques, la fragmentation des habitats et l’urbanisation littorale reviennent comme menaces majeures dans l’ensemble du corpus. Le feu illustre bien le problème : les grands arbres résistent relativement bien, mais les plantules et les jeunes sujets sont beaucoup plus vulnérables ; une population peut donc sembler encore présente alors que son renouvellement est déjà compromis (Manauté et al., 2003 ; Ducouret et al., 2021).

Le cas des espèces les plus rares montre que conserver un araucaria ne consiste pas seulement à garder quelques arbres adultes. A. goroensis n’est connu que de quelques sites du sud-est de la Grande Terre, et A. nemorosa a révélé, en restauration, des goulets d’étranglement génétiques sévères quand la collecte de graines ne représentait pas correctement la diversité de la population. À l’échelle du genre, la leçon est claire : la conservation doit être pensée espèce par espèce, et souvent population par population (Mill et al., 2017 ; Kettle et al., 2008).

Définitions de termes employés

  • Araucariaceae : Famille de conifères de l’hémisphère Sud qui comprend notamment les genres Araucaria et Agathis.
    Endémique : Se dit d’une espèce naturellement présente dans une région donnée et nulle part ailleurs.
  • Ultramafique : Se dit d’une roche ou d’un sol très riche en magnésium et en métaux comme le nickel, souvent contraignant pour les plantes.
  • Maquis minier : Formation végétale néo-calédonienne, souvent basse et ouverte, développée sur substrats ultramafiques.
  • Plagiotrope : Se dit d’un axe ou d’une branche dont la croissance est plutôt horizontale.
  • Orthotrope : Se dit d’un axe ou d’une branche dont la croissance est verticale ou presque verticale.
  • Pseudoverticille : Ensemble de branches insérées à peu près au même niveau sur le tronc, donnant l’impression d’un verticille.
  • Réitération : Reprise de croissance qui reproduit partiellement l’architecture de l’arbre après un traumatisme ou un changement de développement.
  • Monoïque : Se dit d’une espèce dont un même individu porte des organes reproducteurs mâles et femelles distincts.
    Anémophile : Se dit d’une pollinisation assurée par le vent.
  • Héliophile : Se dit d’une plante qui a besoin de lumière et profite des ouvertures du milieu.
  • Barochorie : Mode de dispersion des graines principalement assuré par la gravité.
  • Clade : Groupe d’organismes réunis parce qu’ils partagent un ancêtre commun dans une analyse phylogénétique.

Bilbiographie

  • Manauté, J., Jaffré, T., Veillon, J.-M. & Kranitz, M.-L. (2003). Revue des Araucariaceae de Nouvelle-Calédonie. Nouméa : IRD / Province Sud.
  • Veillon, J.-M. (1980). Architecture des espèces néo-calédoniennes du genre Araucaria. Candollea, 35, 609-640.
  • Sarrailh, J.-M., Chauvin, J.-P., Litaudon, M., Dumontet, V. & Pieters, R. (2008). Les Araucariaceae de la Nouvelle-Calédonie. Bois et Forêts des Tropiques, 298(4), 89-93.
  • Mill, R. R., Ruhsam, M., Thomas, P. I., Gardner, M. F. & Hollingsworth, P. M. (2017). Araucaria goroensis (Araucariaceae), a new monkey puzzle from New Caledonia, and nomenclatural notes on Araucaria muelleri. Edinburgh Journal of Botany. https://doi.org/10.1017/S0960428617000014
  • Kettle, C. J., Ennos, R. A., Jaffré, T., Gardner, M. & Hollingsworth, P. M. (2008). Cryptic genetic bottlenecks during restoration of an endangered tropical conifer. Biological Conservation, 141, 1953-1961.
  • Ducouret, E., Gouzerh, A. & Henry, C. (2021). Araucaria luxurians – Plan d’Actions de conservation. Nouméa : Association Noé, Programme « Palmiers et conifères de Nouvelle-Calédonie », 47 p.

Article par Nicolas Rinck, relecture et compléments par [à compléter] – CBNNC 2026 – Dans le cadre  de la série « 1001 Plantes » / Alan Nogues / NcLa 1ère

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