Typologie des Habitats naturels de Nouvelle-Calédonie (THNC)

[ Document de travail - version préliminaire non stabilisée ] - v 1.3 du 15/04/2026

Cette arborescence présente une proposition de travail en cours pour structurer une typologie des milieux naturels de Nouvelle-Calédonie. Elle ne constitue pas une version stabilisée ni validée définitivement. Son contenu reste évolutif : certaines classes, leurs intitulés, leur position hiérarchique ou leurs critères de définition pourront encore être discutés, ajustés, fusionnés ou précisés.

La démarche engagée est volontairement ouverte et partenariale. Elle associe progressivement experts, gestionnaires, institutions, acteurs techniques et usagers des données, avec plusieurs phases de consolidation et des étapes de validation à venir, notamment avec l’implication du Conseil scientifique du CBNNC. L’objectif n’est pas de prétendre produire immédiatement une typologie qui satisferait parfaitement toutes les catégories d’acteurs, ce qui est irréaliste. Il s’agit plutôt de construire un cadre commun suffisamment robuste pour améliorer rapidement la lisibilité, la compatibilité et l’usage des données, tout en préparant un travail de fond beaucoup plus exigeant.

Ce chantier est considérable : il doit répondre à des besoins opérationnels à court terme, tout en visant, à moyen et long terme, un référentiel réellement sourcé, documenté et contrôlé sur le terrain, ce qui suppose du temps, des arbitrages méthodologiques et des moyens importants.

Arborescence THNC

Notes Méthodologiques

1 - Forêts

1. Principe général retenu

Le niveau 2 de cette classe repose d’abord sur de grands ensembles physionomiques et écologiques, puis les niveaux 3 et 4 introduisent les facteurs de différenciation les plus robustes, d’abord abiotiques et biogéographiques, puis topographiques, hydrologiques ou biotiques. Ce choix répond au constat formulé durant le diagnostic partagé : il faut une typologie hiérarchique, modulaire, utile aux gestionnaires mais fondée sur des critères écologiques explicites, sans confondre typologie et simple cartographie (CBNNC 2025a ; CBNNC 2025b).

2. Pourquoi ne pas rester sur une arborescence d’abord par substrat ou d’abord par altitude ?

Les sources historiques et récentes montrent que les forêts calédoniennes ne s’organisent pas selon un seul axe simple. Les forêts denses humides diffèrent selon le substrat, mais aussi selon l’altitude et la topographie (Jaffré & Veillon 1990 ; Jaffré & Veillon 1995). Les forêts montagnardes et de nuage constituent un ensemble écologique particulier, marqué par la couverture nuageuse, une canopée plus basse et l’abondance d’épiphytes (Jaffré & Veillon 1994 ; Nasi et al. 2002). À l’inverse, les forêts sèches relèvent d’abord d’un gradient xérique et d’une physionomie sclérophylle, même si leur substrat importe ensuite (Jaffré et al. 1993). Une entrée unique par substrat aurait donc mélangé des ensembles très différents sur le plan fonctionnel ; une entrée unique par altitude aurait écrasé l’importance des sols, en particulier sur ultramafiques et calcaires.

3. Pourquoi isoler les forêts calcicoles dès le niveau 2 ?

Les substrats calcaires de Nouvelle-Calédonie portent une flore et des assemblages suffisamment singuliers pour justifier un traitement précoce dans l’arborescence (Morat et al. 2001). Cette singularité est à la fois floristique, biogéographique et géomorphologique : plateaux madréporiques soulevés, corniches littorales, grands ensembles des Loyauté et de l’Île des Pins. Les sources anciennes comme récentes les distinguent régulièrement des autres forêts humides ou sèches, ce qui justifie leur maintien en bloc dédié, puis une subdivision interne entre forêts sclérophylles calcicoles, forêts sempervirentes calcicoles et boisements littoraux à pin colonnaire (Jaffré & Veillon 1994 ; Morat et al. 2001 ; Maillard 2010).

4. Pourquoi distinguer les hydrosystèmes forestiers au niveau 2 ?

Les forêts riveraines, alluviales et marécageuses sont ici extraites des blocs « secs » et « humides » parce que l’hydrologie y structure fortement le milieu. Cette règle évite de disperser dans plusieurs branches des unités qui se ressemblent d’abord par leur fonctionnement écologique et par leurs usages de gestion. Elle est cohérente avec le CTFT, qui individualisait déjà les forêts de vallée, de thalweg et les formations marécageuses à niaouli (Maillard 2010). Elle permet aussi de mieux articuler la branche Forêt avec la future branche des milieux humides ouverts : les marais et landes humides restent hors de la branche Forêt, mais les hydrosystèmes nettement arborés y demeurent.

5. Pourquoi maintenir un bloc de « forêts particulières à dominance diagnostique » ?

Ce bloc n’est pas le cœur conceptuel du système ; il est conservé pour des raisons de compatibilité avec les usages existants et avec plusieurs jeux cartographiques qui individualisent explicitement les forêts à chêne-gomme, à Araucaria ou à kaori (Maillard 2010 ; Birnbaum 2024). Le choix est volontairement restrictif : seules les formations dont l’individualisation est récurrente dans la cartographie ou dans la littérature sont retenues. Cela évite de multiplier artificiellement les classes monodominantes à partir de simples dominances locales. Ce point est particulièrement net pour Arillastrum gummiferum, souvent traité comme forêt particulière dans les cartes historiques, et désormais aussi documenté comme forêt monodominante dans la littérature récente (Demenois et al. 2017).

6. Pourquoi certaines classes restent-elles provisoires ?

Quelques nœuds sont conservés à titre provisoire, notamment « forêt sèche sur basalte », « forêt sèche sur argiles noires », « formations sèches affines sur serpentines/colluvions ultramafiques », ou encore certains boisements marécageux non niaouli. Le motif est simple : ces classes circulent déjà dans des nomenclatures de travail, mais leur documentation descriptive reste hétérogène et leur stabilité n’est pas encore suffisante. Les conserver permet de garder la mémoire des usages ; les marquer comme provisoires évite de les figer prématurément.

7 – Hiérarchie  :

  • niveau 2 = grands ensembles physionomiques/fonctionnels ;
  • niveau 3 = grands filtres abiotiques ou contextuels ;
  • niveau 4 = unités fines sur la base du critère le plus stable disponible.

8. Points encore à arbitrer

Trois points méritent encore arbitrage collectif :

  • la place exacte des forêts mésophiles de transition : bloc sec élargi, bloc humide, ou bloc autonome ;
  • le degré de détail pertinent pour les boisements marécageux hors niaouli ;
  • le statut futur du bloc 17 : branche hiérarchique durable, ou attribut transversal rattaché aux autres forêts lorsque les fiches habitats seront mieux consolidées.
Notes : Nicolas Rinck – 16/04/2026
 

Bibliographie


Birnbaum, P. (2024).
Projet ARTENSIS – Élaboration d’outils cartographiques de gestion des forêts naturelles en province Sud. Rapport final, août 2024. Cirad-AMAP / IAC, 104 p. https://doi.org/10.5281/zenodo.12731044

Birnbaum, P., Ibanez, T., Blanchard, G., Justeau-Allaire, D., Hequet, V., Eltabet, N., Vieilledent, G., Barbier, N., Barrière, R., & Bruy, D. (2023). Forest and tree species distribution on the ultramafic substrates of New Caledonia. Botany Letters, 170(3), 412-424. https://doi.org/10.1080/23818107.2023.2181216

Bouchet, P., Jaffré, T., & Veillon, J.-M. (1995). Plant extinction in New Caledonia: protection of sclerophyll forests urgently needed. Biodiversity and Conservation, 4, 415-428.

CBNNC. (2025a). Ateliers de concertation pour l’harmonisation des typologies des milieux naturels en Nouvelle-Calédonie. Note de cadrage, mai 2025.

CBNNC. (2025b). Typologie des habitats naturels de Nouvelle-Calédonie. 21 août et 20 octobre 2025. Diagnostic partagé et perspectives.

Demenois, J., Ibanez, T., Read, J., & Carriconde, F. (2017). Comparison of two monodominant species in New Caledonia: floristic diversity and ecological strategies of Arillastrum gummiferum (Myrtaceae) and Nothofagus aequilateralis (Nothofagaceae) rain forests. Australian Journal of Botany, 65(1), 11-21. https://doi.org/10.1071/BT16125

IRD. (2013). Identification, typologie et cartographie des groupements végétaux de basse altitude du Grand Sud calédonien et de la Vallée de la Tontouta. Éléments diffusés dans Vegetation Grand Sud IRD 2013.

Jaffré, T., Morat, P., & Veillon, J.-M. (1993). Étude floristique et phytogéographique de la forêt sclérophylle de Nouvelle-Calédonie. Adansonia, 15(1-4), 107-147.

Jaffré, T., & Veillon, J.-M. (1990). Étude floristique et structurale de deux forêts denses humides sur roches ultrabasiques en Nouvelle-Calédonie. Adansonia, 12(3-4), 243-273.

Jaffré, T., & Veillon, J.-M. (1994). Les principales formations végétales autochtones en Nouvelle-Calédonie : caractéristiques, vulnérabilité, mesures de sauvegarde. ORSTOM, Rapports de synthèse, Sciences de la vie, Biodiversité, 2, 12 p.

Jaffré, T., & Veillon, J.-M. (1995). Structural and floristic characteristics of a rain forest on schist in New Caledonia: a comparison with an ultramafic rain forest. Adansonia, 17(3-4), 201-226.

Jaffré, T., Dagostini, G., & Rigault, F. (2002). Identification, typologie et cartographie des groupements végétaux de basse altitude du Grand Sud calédonien et de la Vallée de la Tontouta. Caractérisation botanique et écologique des écosystèmes représentatifs. 1ère partie, étude botanique. IRD, 59 p.

Maillard, H. (2010). Cartographie des milieux naturels en province Sud. Société EMR pour la Direction de l’Environnement de la Province Sud, 64 p.

Morat, P., Jaffré, T., & Veillon, J.-M. (2001). The flora of New Caledonia’s calcareous substrates. Adansonia, 23(1), 109-127.

Nasi, R., Jaffré, T., & Sarrailh, J.-M. (2002). Les forêts de montagne de la Nouvelle-Calédonie. Bois et Forêts des Tropiques, 274(4), 5-18. https://doi.org/10.19182/BFT2002.274.A20125

SEVE. (2023). Bilan, analyse critique et prospective de la stratégie de conservation des forêts sèches en Nouvelle-Calédonie. Note de synthèse.

Wilcox, M. (2004). Le chêne gomme (Arillastrum gummiferum). Auckland Botanical Society Journal, 59(1), 43-44.

  • L’objectif est de réorganiser des catégories déjà documentées, en privilégiant une hiérarchie explicite, lisible, reproductible et compatible avec des usages différents : lecture écologique, cartographie, expertise d’impact, gestion conservatoire, restauration et dialogue inter-acteurs (CBNNC, 2025a ; CBNNC, 2025b).

1. Position générale : pourquoi conserver « maquis » comme tête de branche ?

Le maintien du terme « maquis » comme tête de branche est méthodologiquement justifié, malgré son caractère historiquement local. Dans la littérature calédonienne, ce terme désigne de manière stable des formations ouvertes, sempervirentes et sclérophylles, généralement basses, à espèces héliophiles, avec une strate herbacée souvent dominée par les Cypéracées ; il ne se confond ni avec la forêt dense humide, ni avec la forêt sclérophylle, ni avec les savannes et fourrés secondaires (Jaffré, 1980 ; Jaffré et al., 2009 ; Jaffré, Morat, & Veillon, 1994).

La synthèse de Jaffré et al. (2009) est particulièrement utile ici : elle distingue explicitement, parmi les unités physionomiques de Nouvelle-Calédonie, les forêts denses humides, les maquis, les forêts sèches, et les « savannas and thickets » ; elle précise en outre que les maquis couvrent environ 4 600 km² sur ultramafiques et environ 1 600 km² sur roches acides, où ils se développent surtout à basse et moyenne altitude sur sols siliceux pauvres et sur certaines crêtes. Cette distinction fonde deux arbitrages importants : d’une part, la branche 2 n’englobe pas les savannes ni les fourrés secondaires au sens large ; d’autre part, elle ne peut pas être limitée au seul « maquis minier » ultramafique, même si celui-ci en constitue le noyau écologique et biogéographique principal (Jaffré et al., 2009).

La proposition retient donc « maquis » comme grand ensemble physionomique, tout en admettant que ce mot recouvre des situations écologiques contrastées : maquis ultramafiques riches et très spécialisés, maquis sur roches acides plus pauvres et souvent plus directement liés aux perturbations répétées, maquis de transition vers la forêt, et maquis d’altitude. Cette hétérogénéité ne doit pas conduire à abandonner le terme, mais à l’organiser hiérarchiquement.

2. Principe hiérarchique retenu

La proposition suit un principe simple :

  • niveau 2 : grands ensembles physionomiques et fonctionnels ;
  • niveau 3 : grands filtres abiotiques, surtout géologiques et édaphiques ;
  • niveau 4 : unités plus fines fondées sur la topographie, l’hydrologie, la dynamique, la dominance ou un cas géologique particulier, lorsque ces distinctions sont déjà stabilisées dans la littérature ou dans les jeux de données existants.

Ce choix s’inscrit dans les orientations formulées lors des ateliers CBNNC de 2025 : la future typologie calédonienne doit être modulaire, hiérarchisée, documentée, et distinguer clairement les niveaux relativement cartographiables des niveaux descriptifs plus fins ; elle ne peut pas reposer uniquement sur des listes floristiques, ni être réduite à un simple produit cartographique (CBNNC, 2025a ; CBNNC, 2025b).

  • En pratique, cela conduit à écarter deux solutions extrêmes :
  • une arborescence purement floristique, trop dépendante des relevés experts et difficilement mobilisable à grande échelle ;
  • une arborescence purement télédétectable, utile pour la cartographie mais trop pauvre pour décrire les réalités écologiques fines et les trajectoires de dégradation ou de restauration.

3. Justification du niveau 2 : des ensembles d’abord physionomiques

3.1. Maquis ligno-herbacés

Le premier bloc de niveau 2 correspond aux maquis ligno-herbacés. Ce choix est robuste, car cette physionomie est décrite de longue date dans la littérature calédonienne comme l’un des grands types du maquis ultramafique. La synthèse de Jaffré et al. (2009) rappelle que les maquis ultramafiques peuvent être classés en quatre grands types, dont le « maquis lingo-herbacé » sur sols ferrallitiques érodés et colluviaux. Les travaux de Jaffré (1980), de Jaffré (1990) et du programme IRD Grand Sud–Tontouta décrivent également de manière détaillée ces formations à strate herbacée structurante, avec un rôle fort des Cypéracées et une strate ligneuse basse à moyenne (Jaffré, 1980 ; Jaffré, 1990 ; Jaffré, Dagostini, & Rigault, 2002).

Sur le plan typologique, cette entrée est pertinente car elle repose sur un critère observable et transversal : la structure du couvert. Elle permet ensuite d’organiser les variations édaphiques et topographiques sans mélanger, au même niveau, physionomie et géologie.

3.2. Maquis arbustifs

Le deuxième bloc correspond aux maquis arbustifs. Là encore, le choix est cohérent avec la littérature sur les roches ultramafiques. Jaffré et al. (2009) distinguent un « maquis arbustif » sur sols bruns hypermagnésiens, et un « maquis arbustif buissonnant » sur sols ferrallitiques gravillonnaires ou indurés. Dans la pratique, ces deux ensembles se laissent regrouper au niveau 2 sous l’expression plus englobante de « maquis arbustifs », puis se subdiviser au niveau 4 selon la structure fine, la dominance, ou le contexte édaphique.

Cette solution évite une inflation précoce du nombre de classes tout en préservant la logique écologique : les maquis arbustifs ne fonctionnent pas comme les maquis ligno-herbacés. Ils impliquent des structures plus ligneuses, souvent sur sols plus contraignants, parfois plus pierreux, et portent des signatures écologiques spécifiques comme les groupements à Gymnostoma sur cuirasse ou les maquis sur serpentines (Jaffré, 1980 ; Maillard, 2010).

3.3. Maquis paraforestiers

Le troisième bloc de niveau 2 est celui des maquis paraforestiers. Ce point mérite une justification particulière, car le terme peut sembler plus flou que les deux précédents. Pourtant, il est bien attesté dans la littérature calédonienne. L’étude de la Chute de la Madeleine emploie explicitement l’expression « maquis paraforestier » pour un groupement dominé par Gymnostoma deplancheanum sur plateau gravillonnaire (Jaffré, 1990). Le rapport IRD Grand Sud–Tontouta mobilise aussi ce terme pour des groupements hauts et fermés, de transition vers des stades forestiers, et distingue notamment des maquis paraforestiers à Gymnostoma, à Arillastrum, de talweg ou rivulaires (Jaffré et al., 2002 ; Maillard, 2010).

  • Le maintien d’un niveau 2 « maquis paraforestiers » est donc justifié par trois arguments :
  • il existe un usage scientifique local explicite du terme ;
  • ces formations représentent une transition structurale et dynamique nette vers des états forestiers ;
  • elles sont déjà individualisées dans les couches de référence utilisées par les acteurs du Sud.

En revanche, il faut reconnaître que cette catégorie reste plus hétérogène que les deux précédentes. Elle constitue une classe de transition, utile et nécessaire, mais qui devra être mieux cadrée par des fiches descriptives plus précises.

3.4. Maquis d’altitude

Le quatrième bloc de niveau 2 est celui des maquis d’altitude. C’est probablement le choix le plus discutable de la proposition, non parce qu’il serait infondé, mais parce qu’il combine une dimension physionomique et un contexte macroclimatique. Il a toutefois été retenu pour des raisons pragmatiques et écologiques.

D’une part, Jaffré et al. (2009) indiquent que les maquis s’étendent du littoral jusqu’aux plus hauts sommets, et que certains maquis d’altitude pourraient relever de formes primaires, contrairement à beaucoup de maquis de basse altitude issus de la destruction répétée des forêts. D’autre part, les maquis sommitaux répondent à des contraintes spécifiques de froid, de vent, d’humidité et de faible développement du couvert, qui justifient un traitement séparé dans la perspective d’une typologie utilisable en conservation et en cartographie de vigilance.

Ce choix doit cependant rester révisable. Il serait possible, à terme, de réintégrer une partie des maquis d’altitude dans les blocs physionomiques précédents, en les traitant comme variantes climatiques. Le maintien provisoire d’un bloc 24 « Maquis d’altitude » a ici surtout une fonction d’organisation et de lisibilité.

4. Justification du niveau 3 : priorité aux grands contextes géologiques et édaphiques

Le niveau 3 est organisé par grands contextes géologiques, car la littérature montre clairement que le substrat et le sol sont des déterminants majeurs de la composition, de la structure et de la dynamique des maquis calédoniens.

4.1. L’ensemble ultramafique comme noyau structurant

Les roches ultramafiques constituent le noyau écologique principal de la branche « Maquis ». Elles génèrent des sols très pauvres en phosphore, potassium et souvent calcium, mais fréquemment riches en magnésium et en métaux potentiellement phytotoxiques comme le nickel, le chrome et le manganèse. Ces contraintes édaphiques expliquent une part importante de la spécialisation floristique et du fort endémisme des maquis ultramafiques (Jaffré et al., 2009 ; Jaffré, 1993).

La même synthèse montre que la flore des roches ultramafiques est plus riche et plus endémique que celle des roches acides, malgré une superficie plus faible, et que les maquis ultramafiques jouent un rôle majeur dans l’originalité floristique de la Nouvelle-Calédonie. Ce constat justifie que, dans la branche 2, le sous-groupe « sur roches ultramafiques hors gabbros » constitue l’ossature principale des niveaux 3.

4.2. Pourquoi isoler les gabbros ?

La séparation des gabbros ne doit pas être interprétée comme l’affirmation d’un « biome gabbroïque » autonome. C’est d’abord un arbitrage pragmatique, fondé sur la récurrence de cette distinction dans les typologies et cartographies opérationnelles du Sud. La cartographie provinciale de 2010 reprend explicitement plusieurs classes IRD individualisées sur gabbros : maquis très ouvert, maquis ouvert, maquis à niaouli et maquis à Codia sur gabbros (Maillard, 2010). Dans ce contexte, ne pas distinguer les gabbros au niveau 3 aurait conduit à dissoudre des classes déjà mobilisées par les acteurs, sans bénéfice immédiat en lisibilité.

La séparation des gabbros est donc maintenue à titre méthodologique, mais avec prudence. Elle doit être lue comme une subdivision de travail, solidement ancrée dans les usages cartographiques existants, plus que comme une vérité typologique définitivement établie pour l’ensemble du territoire.

4.3. Pourquoi conserver un bloc « substrats non ultramafiques » ?

La littérature montre clairement que des maquis existent aussi sur roches acides. Jaffré et al. (2009) indiquent qu’ils se développent principalement à basse et moyenne altitude sur sols siliceux pauvres, ainsi que sur certaines crêtes. En revanche, ces maquis sont moins diversifiés, plus pauvres sur le plan floristique, et souvent plus directement liés aux feux répétés que les maquis ultramafiques.

Cela justifie de les reconnaître dans l’arborescence, mais sous une forme prudente : un grand sous-groupe « substrats non ultramafiques », avec des classes de niveau 4 explicitement provisoires. La proposition évite ainsi deux écueils :

  • nier l’existence de maquis non ultramafiques, pourtant attestés ;
  • sur-préciser prématurément des classes encore peu stabilisées.

5. Justification du niveau 4 : n’utiliser que des distinctions fines déjà documentées

Le niveau 4 n’a pas vocation à multiplier des catégories théoriques. Il doit être réservé aux distinctions fines qui sont soit bien décrites dans la littérature, soit déjà structurantes dans les jeux de données existants, soit utiles sur le plan opérationnel.

5.1. Toposéquences, hydrologie et dynamique des maquis ligno-herbacés

Les classes « maquis ligno-herbacé des pentes érodées » et « maquis ligno-herbacé de bas de pente et de piémont » sont directement appuyées par la typologie IRD reprise par Maillard (2010). Elles correspondent à des positions de toposéquence contrastées et à des dynamiques différentes. Ce sont de bonnes classes de niveau 4, car elles sont observables, déjà nommées dans les jeux de données, et écologiquement interprétables.

La classe « maquis ligno-herbacé à hydromorphie temporaire » est également justifiée, mais son positionnement demande un commentaire. Le rapport IRD Grand Sud–Tontouta distingue bien des maquis ligno-herbacés de piémont à hydromorphie temporaire. Le choix de les maintenir dans la branche « Maquis » repose sur le fait que l’engorgement est saisonnier et que la physionomie demeure celle d’un maquis ; en revanche, les formes à hydromorphie permanente sont réorientées vers la branche des milieux humides, afin de ne pas brouiller la frontière entre maquis et marais/landes humides.

5.2. Dominance, cuirasse et serpentines dans les maquis arbustifs

Les classes fines des maquis arbustifs sur ultramafiques hors gabbros reposent sur des distinctions classiques : ouverture du couvert, rôle de Gymnostoma sur cuirasse, et cas particulier des serpentines. Là encore, la littérature et les couches IRD/Province Sud les soutiennent. Le choix de distinguer un « maquis arbustif ouvert à Gymnostoma sur cuirasse » puis un « maquis arbustif semi-ouvert à dense sur cuirasse ou gravillons » est cohérent avec la série M13–M15 reprise dans Maillard (2010).

La classe « maquis arbustif sur serpentines » est maintenue comme cas spécifique, parce qu’elle figure dans la cartographie de référence et parce qu’elle renvoie à un contexte pédologique particulier, même si sa formalisation descriptive méritera d’être renforcée ultérieurement.

5.3. Le rôle des formes paraforestières de transition

Les classes fines retenues pour les maquis paraforestiers reprennent les catégories les plus robustes dans les sources : transition à Gymnostoma, transition à Arillastrum, talweg/rivulaire non hydromorphe permanent, colluvions. Le rapport de 2002 mentionne explicitement des maquis paraforestiers sur éboulis péridotitiques, des maquis paraforestiers rivulaires et divers maquis hauts ou fermés de transition (Jaffré et al., 2002). La cartographie provinciale de 2010 individualise de son côté les classes M16, M17, M20, M16m et M16t (Maillard, 2010).

Le maintien de ces catégories est donc justifié, mais à condition de rappeler qu’elles reposent sur une littérature et des données très largement centrées sur le Grand Sud et quelques vallées ultramafiques. Leur généralisation à d’autres massifs devra être prudente.

5.4. Dynamique et secondarisation en altitude

Les classes « maquis climacique sommital froid » et « maquis d’altitude secondarisé », ainsi que leurs équivalents paraforestiers, ont été maintenues pour capter une information écologique utile : toutes les formations de sommet ne relèvent pas du même statut dynamique. Certaines peuvent correspondre à des maquis d’altitude relativement stables ; d’autres à des stades secondairement ouverts ou appauvris.

Ce choix est méthodologiquement recevable, mais il reste moins solidement documenté que les classes du Grand Sud de basse altitude. Il conviendra donc de considérer ces nœuds comme des classes de travail à consolider, non comme des unités définitivement verrouillées.

6. Pourquoi la proposition exclut elle les formes hydromorphes permanentes et les savanes/fourrés secondaires ?

La proposition exclut volontairement deux ensembles.

Le premier est celui des maquis à hydromorphie permanente. La raison n’est pas qu’ils seraient écologiquement sans rapport avec les maquis, mais qu’ils relèvent plus clairement d’un fonctionnement de zone humide et gagneront en cohérence s’ils sont traités dans une branche dédiée aux milieux humides continentaux. La synthèse de Jaffré et al. (2009) traite d’ailleurs séparément les maquis, les zones humides et les eaux continentales.

Le second est celui des savanes et fourrés secondaires. Là encore, la raison est surtout typologique. La même synthèse distingue explicitement les « maquis (shrublands) » des « savannas and thickets (« fourrés secondaires ») », et montre que ces ensembles diffèrent fortement par leur richesse floristique et surtout par leur endémisme. Les fusionner dans une même branche réduirait la portée écologique du terme « maquis » et compliquerait la lecture de l’arborescence.

7. Pourquoi certaines classes sont-elles assumées comme provisoires ?

La proposition assume explicitement plusieurs classes provisoires, notamment sur gabbros, sur substrats non ultramafiques, et en altitude. Ce parti pris est méthodologiquement préférable à deux alternatives mauvaises :

  • supprimer toute classe encore imparfaitement documentée et perdre l’information héritée des jeux de données existants ;
  • figer au contraire des catégories encore fragiles comme si elles étaient définitivement consolidées.
  • Les classes provisoires jouent ici un rôle de « réceptacles contrôlés ». Elles conservent la mémoire des usages actuels, tout en signalant qu’un travail complémentaire est nécessaire : vérification de terrain, recension bibliographique, harmonisation terminologique, seuils structuraux, et, si possible, production de fiches d’habitats plus normalisées.

8. Bilan : points forts, limites et conditions de stabilisation

La proposition présente quatre points forts principaux.

  1. Premièrement, elle capitalise les sources calédoniennes au lieu d’importer une grille externe. Elle reste donc ancrée dans les termes, les contrastes et les objets réellement utilisés sur le territoire.
  2. Deuxièmement, elle clarifie la hiérarchie. Le niveau 2 n’est plus un mélange confus de physionomie, de géologie et de dominance ; le niveau 3 donne la priorité aux grands filtres abiotiques ; le niveau 4 récupère les distinctions fines les plus solides.
  3. Troisièmement, elle reste compatible avec les principales couches existantes, notamment celles reprises par Maillard (2010), ce qui facilite les correspondances à court terme.
  4. Quatrièmement, elle rend visible la dynamique, en particulier le rôle du feu, de l’érosion, de la transition vers la forêt et de la secondarisation. Or ces trajectoires sont centrales dans l’écologie des maquis calédoniens (Jaffré et al., 1998 ; McCoy et al., 1999 ; Enright, Rigg, & Jaffré, 2001).

Elle présente aussi plusieurs limites qu’il faut assumer clairement.

  • La première est l’hétérogénéité interne du bloc « maquis paraforestiers », qui reste conceptuellement utile mais encore assez large.
  • La deuxième est le statut du bloc « maquis d’altitude », écologiquement défendable mais moins homogène méthodologiquement que les autres blocs de niveau 2.
  • La troisième est la faiblesse relative de la documentation sur les maquis non ultramafiques, qui justifie le maintien de classes prudentes et provisoires.
  • La quatrième est la séparation des gabbros, qui est surtout solide comme choix opérationnel hérité des cartographies disponibles, plus que comme catégorie pleinement stabilisée à l’échelle de toute la Nouvelle-Calédonie.

Chantiers complémentaires à consolider :

  • un lexique descriptif commun des termes structuraux et dynamiques ;
  • un corpus de fiches habitats/cahiers de maquis ;
  • une table de correspondance avec les couches provinciales, minières et MOS.

Notes : Nicolas Rinck – CBNNC 16/04/2026

Bibliographie

CBNNC. (2025a). Ateliers de concertation pour l’harmonisation des typologies des milieux naturels en Nouvelle-Calédonie. Note de cadrage, mai 2025.

CBNNC. (2025b). Typologie des habitats naturels de Nouvelle-Calédonie. 21 août et 20 octobre 2025. Diagnostic partagé et perspectives.

Enright, N. J., Rigg, L. S., & Jaffré, T. (2001). Environmental controls on species composition along a (maquis) shrubland to forest gradient on ultramafics at Mont Do, New Caledonia. South African Journal of Science, 97, 573-580. https://www.documentation.ird.fr/hor/fdi:010031433

Jaffré, T. (1980). Végétation des roches ultrabasiques en Nouvelle-Calédonie. Étude écologique du peuplement végétal des sols dérivés de roches ultrabasiques en Nouvelle-Calédonie. Bondy : ORSTOM, 273 p. https://horizon.documentation.ird.fr/exl-doc/pleins_textes/pleins_textes_6/Tra_d_cm/00393.pdf

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