Les 28 et 29 avril 2026, le Conservatoire Botanique de Nouvelle-Calédonie a organisé à Koumac la première session du parcours de formation BLOSSOM. Intitulée « Comprendre », cette session a réuni des jeunes suivis par le CLSPD, des agents de la Pépinière polyvalente de Koumac et l’équipe projet autour d’un objectif simple en apparence, mais très structurant : apprendre à lire un paysage, reconnaître les grands types de végétation, observer les plantes et comprendre pourquoi ces savoirs sont nécessaires à la restauration écologique.
Le projet BLOSSOM, porté par le Conservatoire Botanique de Nouvelle-Calédonie dans le cadre de l’Initiative Kiwa, vise à renforcer les capacités locales en matière de restauration écologique et de Solutions fondées sur la Nature. À Koumac, cette ambition prend une forme très concrète : former des volontaires, accompagner la montée en compétence autour de la flore locale, et avec l’appui de la la Pépinière polyvalente de la ville de Koumac, préparer de futures opérations de restauration écologique adaptées au contexte de Koumac.
Cette première session n’était donc pas une simple introduction à la botanique. Elle ouvrait un cycle de formation appelé à se poursuivre vers des apprentissages plus opérationnels : production végétale, préparation des sites, plantation, suivi des reprises, compréhension des dynamiques naturelles et contribution à des chantiers de restauration. Avant de planter, il faut savoir observer. Avant de restaurer, il faut comprendre ce qui empêche un milieu de se régénérer. C’est le sens de cette session 1 : poser les bases d’un regard écologique partagé.
Comprendre avant d’agir
La restauration écologique est souvent résumée à un geste visible : planter des arbres. En réalité, ce geste n’a de sens que s’il s’inscrit dans une lecture fine du milieu. À Koumac, cette lecture est particulièrement importante. Le territoire présente des paysages secs, des formations végétales fragmentées, des zones de maquis, des savanes, des reliques forestières, des traces d’activités humaines, des pressions liées aux feux, aux espèces introduites ou à l’érosion. Selon le sol, l’exposition, la proximité d’une forêt source, la présence d’eau, les espèces déjà présentes et les menaces actives, une action de restauration ne produira pas les mêmes effets.
C’est précisément ce que les participants ont commencé à travailler pendant ces deux jours : reconnaitre les plantes, regarder un site non comme un décor, mais comme un ensemble d’indices. Une strate herbacée uniforme ne raconte pas la même histoire qu’un sous-bois diversifié. Une lisière forestière, une zone ouverte, une pente érodée, une trace de feu, une absence de régénération ou la présence d’une espèce envahissante sont autant d’informations utiles pour décider où intervenir, comment intervenir, avec quelles espèces et avec quel niveau d’accompagnement.
Cette approche est au cœur des Solutions fondées sur la Nature. Il ne s’agit pas d’imposer une solution extérieure à un paysage, mais de s’appuyer sur les processus naturels pour améliorer la résilience des milieux et des communautés : reconstituer de l’ombre, relancer la production de litière, protéger les sols, favoriser l’infiltration de l’eau, reconnecter des fragments de végétation, sélectionner des espèces locales capables de tenir dans les conditions du site, et transmettre des savoir-faire mobilisables au-delà du seul projet.
Une première session ancrée dans le territoire de Koumac
La session s’est déroulée sur deux journées, les 28 et 29 avril 2026. Elle a réuni 18 apprenants : 13 jeunes suivis par le CLSPD de Koumac, 3 agents de la Pépinière polyvalente de Koumac et 2 accompagnants. L’encadrement a été assuré par le CBNNC, avec l’intervention botanique d’Hervé Vandrot, et l’accompagnement de SEVE et Alter Conseil pour l’animation, la facilitation, les aspects logistiques et l’intégration des enjeux d’inclusion.
Le premier temps s’est tenu à la mairie de Koumac, avec une présentation du projet BLOSSOM, de ses objectifs, de son inscription dans les dynamiques communales et du rôle que peuvent jouer les jeunes, les agents techniques et la pépinière dans les prochaines étapes. La formation a ensuite alterné entre apports en salle, échanges collectifs, exercices d’observation et sorties de terrain.
Le choix de cette alternance était volontaire. La botanique ne s’apprend pas uniquement sur écran ou dans un support de formation. Elle s’apprend en comparant, en touchant, en observant les feuilles, les tiges, les bourgeons, les strates de végétation, les sols, les lisières et les paysages. La salle permet de poser les mots. Le terrain permet de leur donner du sens.
a première journée a permis d’aborder les grands repères : la place exceptionnelle de la Nouvelle-Calédonie dans l’endémisme végétal mondial, les principaux types de milieux naturels, les notions d’espèce autochtone, endémique, introduite ou envahissante, ainsi que les premières clés de lecture d’un paysage. Le terrain autour du Camp Biga a ensuite servi de support pour observer les dynamiques végétales, les formes de dégradation et les premiers indices permettant de réfléchir à une restauration future.
La deuxième journée a approfondi ces acquis, avec un atelier dédié aux enjeux d’inclusion et de place de chacun dans les démarches collectives, puis un travail plus précis sur l’identification botanique. Les participants ont notamment été amenés à classer les plantes selon des critères simples mais très utiles sur le terrain : feuilles opposées ou alternes, simples ou composées, présence de bourgeons, architecture des rameaux, caractères visibles du limbe. L’objectif n’était pas de mémoriser une liste de noms latins, mais d’apprendre à regarder de manière structurée.
Apprendre à reconnaître, mais surtout à comprendre les mécanismes naturels
L’un des points forts de cette session a été de rendre la botanique accessible sans la simplifier à l’excès. Une plante n’est pas seulement un nom. C’est une architecture, une famille, une stratégie de croissance, une place dans un milieu. En apprenant à distinguer des feuilles opposées de feuilles alternes, ou des feuilles simples de feuilles composées, les participants ont commencé à entrer dans une méthode d’identification. Cette méthode donne des repères transférables : elle permet de raisonner face à une plante inconnue, de vérifier une observation, de comparer plusieurs espèces, de ne pas dépendre uniquement d’un spécialiste.
Cette compétence est directement liée aux besoins du projet BLOSSOM. Pour restaurer un site, il faut savoir quelles espèces sont présentes, lesquelles se régénèrent, lesquelles dominent, lesquelles bloquent la dynamique naturelle, lesquelles peuvent être produites en pépinière, lesquelles sont adaptées aux conditions écologiques locales. La reconnaissance botanique n’est donc pas un savoir isolé. Elle devient un outil pour agir : choisir, produire, planter, suivre et ajuster.
La formation a également insisté sur la lecture des menaces visibles dans le paysage. Les feux répétés, certaines espèces végétales envahissantes, les animaux introduits, l’érosion, les anciennes activités minières ou les sols fortement perturbés laissent des traces que l’on peut apprendre à repérer. Pour un projet de restauration, ces indices sont essentiels : ils évitent de planter au mauvais endroit, au mauvais moment, avec les mauvaises espèces ou sans traiter les causes de dégradation.
Les Solutions fondées sur la Nature : une approche concrète
Dans le cadre de BLOSSOM, les Solutions fondées sur la Nature ne sont pas abordées comme une formule générale. Elles correspondent à une manière de concevoir l’action : restaurer des milieux dégradés en s’appuyant sur les espèces locales, les processus écologiques et les savoir-faire du territoire, tout en apportant des bénéfices aux populations.
À Koumac, cela signifie par exemple réfléchir à la place des arbres dans la protection des sols, à la restauration de continuités végétales, à la production locale de plants, à la valorisation d’espèces utiles ou patrimoniales, à la réduction des pressions sur certains sites, ou encore à la création d’espaces démonstratifs permettant d’apprendre par la pratique. La Pépinière polyvalente de Koumac occupe ici une place importante : elle peut devenir à la fois un outil de production végétale, un support de formation, un espace d’expérimentation et un point d’appui pour les futures plantations.
Une dynamique partenariale avec la Ville de Koumac
Cette session a également montré la qualité du partenariat engagé avec la Ville de Koumac. Le projet BLOSSOM s’inscrit dans une dynamique communale plus large, où la Pépinière polyvalente, les actions en faveur de la jeunesse et les perspectives de restauration écologique peuvent se renforcer mutuellement. La mobilisation du CLSPD a permis d’associer des jeunes du territoire à une démarche concrète, technique et valorisante. La présence des agents de la Pépinière polyvalente a de son côté favorisé les échanges entre publics, en reliant les apprentissages à des situations professionnelles et opérationnelles.
Le travail mené avec la commune est important parce qu’il donne au projet un ancrage réel. Les enjeux de biodiversité, de forêt sèche, de restauration des milieux et de production végétale ne peuvent pas être traités uniquement depuis une expertise extérieure. Ils doivent être discutés, appropriés et traduits localement, avec les acteurs qui connaissent le territoire, ses usages, ses contraintes et ses possibilités.
Le CBNNC remercie la Ville de Koumac pour son accueil et son engagement dans cette première session, ainsi que le CLSPD et les équipes de la Pépinière polyvalente pour leur mobilisation. Cette collaboration donne une base solide aux prochaines étapes du cycle BLOSSOM à Koumac.
Une pédagogie portée par le terrain et par l’attention au groupe
La session a été animée avec l’appui d’Hervé Vandrot, botaniste intervenant, grand connaisseur de la flore de province Nord et de la région de Koumac, dont l’approche a permis de rendre accessibles des contenus parfois techniques. La progression proposée a trouvé un équilibre entre culture générale du végétal, observation concrète, initiation à l’identification botanique et réflexion sur les usages possibles de ces connaissances.
SEVE et Alter Conseil ont accompagné la session sur les dimensions d’animation, de facilitation, d’encadrement et d’inclusion. Ces aspects comptent fortement dans un parcours de formation de ce type. La réussite ne dépend pas seulement de la qualité des contenus techniques, mais aussi de la capacité à installer un cadre de travail, maintenir l’attention, favoriser la prise de parole, repérer les personnes plus en retrait et permettre à chacun de trouver sa place dans le groupe.
Les retours des participants montrent que plusieurs apprentissages ont été immédiatement compris comme utiles : mieux se repérer en forêt, reconnaître certaines plantes, réfléchir à la manière de reboiser un terrain dégradé, choisir des espèces adaptées à un emplacement, ou encore transmettre des informations à d’autres dans un cadre personnel ou professionnel. Ce sont précisément ces passerelles entre savoir botanique, pratique locale et action écologique que BLOSSOM cherche à développer.
Une première étape pour la suite du parcours BLOSSOM
Cette session 1 « Comprendre » constitue le socle du parcours. Les prochaines étapes pourront s’appuyer sur ces premiers acquis pour aller plus loin : approfondir la reconnaissance des espèces locales, travailler les techniques de production en pépinière, préparer les futures plantations, comprendre les conditions de réussite d’un chantier de restauration, et suivre l’évolution des sites dans le temps.
L’un des enseignements forts de ces deux journées est que la restauration écologique peut devenir un support d’apprentissage très concret. Elle parle de plantes, mais aussi de territoire, d’usages, de transmission, de travail collectif et de responsabilités partagées. Elle demande de la méthode, de l’observation et de la patience. Elle suppose de comprendre les dynamiques naturelles avant de vouloir les orienter.
À Koumac, BLOSSOM commence donc par un geste simple : apprendre à regarder. Regarder les plantes autrement. Regarder un paysage comme une histoire en cours. Regarder un site dégradé non comme un espace perdu, mais comme un lieu où des trajectoires de restauration peuvent être construites, à condition de partir du terrain, des espèces locales et des personnes qui vivent et travaillent sur ce territoire.
Le CBNNC remercie chaleureusement l’ensemble des participants, la Ville de Koumac, le CLSPD, la Pépinière polyvalente de Koumac, Hervé Vandrot pour son intervention botanique, ainsi que SEVE et Alter Conseil pour leur accompagnement dans la préparation et l’animation de cette première session.
Le CBNNC remercie chaleureusement l’ensemble des participants, la Ville de Koumac, le CLSPD, la Pépinière polyvalente de Koumac, Hervé Vandrot pour son intervention botanique, ainsi que SEVE et Alter Conseil pour leur accompagnement dans la préparation et l’animation de cette première session.
A propos de l'Initiative Kiwa
L’Initiative Kiwa – Solutions fondées sur la Nature (SfN) pour la résilience climatique – vise à renforcer la résilience des écosystèmes, des communautés et des économies des îles du Pacifique au changement climatique par des Solutions fondées sur la Nature en protégeant, gérant durablement et restaurant la biodiversité. Elle repose sur la simplification de l’accès au financement des actions d’adaptation au changement climatique et de conservation de la biodiversité pour les gouvernements locaux et nationaux, la société civile ainsi que les organisations régionales des États et territoires insulaires du Pacifique. L’initiative est financée par l’Union européenne, l’Agence française de développement (AFD), Affaires mondiales Canada (GAC), le ministère des Affaires étrangères et du Commerce de l’Australie (DFAT) et le ministère des Affaires étrangères et du Commerce de la Nouvelle-Zélande (MFAT). Elle a établi des partenariats avec la Communauté du Pacifique (CPS), le Programme régional océanien de l’environnement (PROE) et le Bureau régional océanien de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN Océanie).
Pour plus d’informations : L’Initiative Kiwa – La Résilience Climatique dans le Pacifique grâce aux Solutions fondées sur la Nature (SfN)